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Architectes & Décorateurs

Kevin Lelièvre : «Le paysage au cœur de la réflexion architecturale»

By juin 20, 2021No Comments

Paysagiste-concepteur et marrakchi de cœur depuis 9 ans, Kevin Lelièvre est aujourd’hui à la tête de l’atelier KLP. Passionné d’aménagement extérieur mais également d’architecture d’intérieur, il tend à associer dans ses projets une mise en œuvre très contemporaine et une sensibilité aiguë pour la localité et l’éco-conception.

Par : M.W.

«Une conception paysagère se doit d’être esthétique, fonctionnelle et bien sûr durable.»

 

Villa Nomade, Domaine Royal Palm Marrakech
© Nicolas Charbonnier

Jardin privé, Casablanca
© Simon Oldani

Villa privée, Domaine Royal Palm Marrakech
© Simon Oldani

Jardin privé, Casablanca
© Simon Oldani

 

Villa privée, Domaine Royal Palm Marrakech
© Simon Oldani

Mixed Border

 

Villa Ofildo, Domaine Royal Palm Marrakech
© Mathilde Crespo

 

Sofitel Thalassa Sea & Spa Agadir
© Simon Oldani

Qu’est-ce qui vous a amené à vous orienter vers l’univers végétal?
Depuis tout petit, j’ai été sensibilisé aux espaces verts par mon grand-père qui était un grand passionné. J’ai eu aussi la chance de grandir dans un corps de ferme doté d’une large surface à paysager. J’avais la liberté d’y faire de nombreuses plantations et de les déplacer au fil des mes inspirations. À l’époque, je réservais mon argent de poche à l’achat de graines et de plantes. Je n’ai pas de suite envisagé de faire de cette passion mon métier. Plus tard, cette profession m’a convaincue, en raison de son rapport intime à la nature et de la créativité qu’elle exige.

Comment passe-t-on de jeune diplômé dans la région de Nantes à chef d’entreprise à Marrakech?
Après un stage de fin d’études au Maroc, j’ai eu la chance de décrocher une mission de 6 mois pour un cabinet de paysage qui travaillait avec le Studio KO. À la suite de cette mission, Studio KO m’a proposé de collaborer en freelance avec eux. C’est à ce moment-là que l’atelier KLP a vu le jour. Lorsqu’en 2014 ma collaboration avec Studio KO prend fin, je décide de rester car j’avais vraiment eu un coup de cœur pour Marrakech et le Maroc. J’avais en plus la certitude que le métier de paysagiste avait beaucoup d’avenir ici. Je ne me suis pas trompé et peu à peu, j’ai créé mon réseau à Marrakech et j’ai décroché plusieurs contrats d’envergure avec le Domaine Royal Palm, le Royal Golf de Marrakech, l’Université Mohammed VI Polytechnique, de nombreux jardins privés et des projets immobiliers à travers le Royaume. Avec le temps, avoir une antenne au Maroc m’a permis d’aspirer à une réelle ouverture professionnelle vers le continent. Je tisse actuellement des liens de plus en plus étroits avec la Côte d’ivoire, le Gabon et le Nigéria.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre démarche créative?
Je suis très soucieux de l’intégration de ma conception paysagère à l’environnement. La durabilité fait partie des bases de ma réflexion. Je veille notamment à une sélection optimale des plantations en fonction du milieu dans lequel elles vont évoluer. L’adaptation des espèces est garante d’une consommation raisonnée en eau et d’un entretien aisé. En plus de la composante environnementale, le respect d’un certain régionalisme des végétaux va garantir une intégration esthétique harmonieuse. Depuis quelque temps, je collabore étroitement avec une pépinière d’Agadir avec laquelle nous produisons des plantes endémiques afin de les intégrer à mes différents projets. Quant à mon style, j’aime la symétrie et la régularité des jardins à la française toutefois j’apprécie travailler les plates-bandes à l’anglaise, en mixed-border, c’est-à-dire en mélangeant les strates arbustives. Cela crée des compositions assez dynamiques.

Dans vos projets, dans quelles mesures tentez-vous de trouver l’équilibre entre la fonctionnalité, l’esthétisme et la durabilité?
Aujourd’hui, je pense qu’il est impensable de faire du beau pour du beau. Une conception paysagère se doit d’être esthétique, fonctionnelle et bien sûr durable. En plus d’être soucieux des espèces végétales que je vais associer sur le projet, je veille, lorsque c’est possible, de proposer l’intégration d’un système de recyclage des eaux. Nous sommes sur un territoire en perpétuel risque de stress hydrique, il est absolument nécessaire de préserver cette ressource. Dans ce sens, j’intègre à mes conceptions des paillis organiques, qui en plus d’enrayer la pousse des adventices (mauvaises herbes), permet d’éviter l’évapotranspiration. Il peut s’agir de fibre de coco, de broyat de coupes arbustives ou de coques de noix d’argan, comme c’est le cas sur le projet du Sofitel Thalassa Sea&Spa d’Agadir. Cette solution naturelle, qui ne manque pas d’esthétisme, a l’avantage de pouvoir être facilement adoptée par les particuliers. Aussi, j’apprécie de raconter une histoire à travers mes conceptions. Sur des projets d’envergure, il est intéressant de souligner l’évolution du lieu, de créer de multiples ambiances, de faire des transitions entre les différents univers. Enfin, j’accorde de l’importance au volet de transmission. Dans un projet hôtelier, j’aimerais d’ailleurs introduire un système d’étiquettes dans le jardin pour partager des informations avec le visiteur.

Qu’est-ce qui est le plus chalengeant sur un projet?
Bien que le paysagiste se doive d’être à l’écoute du client, je pense que nous devons, en tant que professionnel, pouvoir déployer notre expertise sur les projets. Personnellement, lorsqu’un client m’appelle, je tiens à ce qu’il apprécie vraiment ma signature car elle dépasse le simple cadre de l’ornementation. Je ne conçois pas un espace vert de la même façon à Casablanca, Marrakech, Dakhla ou Agadir mais j’ai quelques traceurs auxquels je suis attaché : l’intégration paysagère, l’économie des ressources, le mixed-border, etc. Ce qui est peut être difficile c’est d’amener le client à se projeter et de le convaincre de patienter afin que notre conception puisse conserver son intégrité au fil du temps.

Dans quelle mesure la place du paysagiste pourrait-elle être encore mieux valorisée sur un chantier qu’il soit public ou privé?
Au fil des années, j’ai pu constater que les hôteliers et les promoteurs immobiliers prennent de plus en plus conscience de l’importance des espaces verts. Avec la Covid, les particuliers ont également eu envie de réinvestir davantage leur extérieur. Toutefois, ce que je déplore encore trop souvent c’est que les clients font appel à l’architecte paysagiste lorsque le projet immobilier arrive à son terme. À mon sens, il serait judicieux de l’intégrer dès que le projet prend forme. Le jardin ne doit plus être considéré comme un élément ornemental additionnel mais bien comme une composante essentielle du projet. Le client ou le maitre d’œuvre se doit de créer de véritables interactions entre l’architecte, l’architecte d’intérieur et l’architecte paysagiste et ce, afin que le projet soit conçu de manière globale et cohérente. De ces interactions peuvent découler une intégration optimale du bâti et du paysage dans le quartier, une orientation de façade, un couvert végétal isolant pour la toiture, un terrassement adéquat, etc.

En parlant d’interactions, vous avez créé une équipe pluridisciplinaire pour un projet à Taroudant, pouvez-vous nous en dire plus?
J’ai beaucoup d’affinité avec l’architecture d’intérieur. Pour mon orientation professionnelle, j’avais d’ailleurs hésité à m’orienter vers cette filière. Aujourd’hui, cette équipe pluridisciplinaire qui est composée d’une architecte en bâtiment, d’une architecte d’intérieur et d’un consultant en qualité environnementale, me permet de travailler un projet dans sa globalité. Notre objectif est de capitaliser sur nos compétences respectives afin de créer des bâtiments autonomes en misant sur les matériaux traditionnels. La terre et la terre cuite sont formidables en matière d’inertie des bâtiments.

Quels sont aujourd’hui vos coups de cœur en termes de matériaux?
Les matériaux locaux : la pierre, la terre crue, la terre cuite, le zellige, le métal. J’apprécie d’associer une mise en œuvre très contemporaine à la localité à travers le choix des matériaux et l’application de savoir-faire ancestraux. Pour moi, l’usage des matériaux locaux participe à l’intégration harmonieuse de mes conceptions dans l’environnement.

Quels sont vos projets?
Comme beaucoup de monde, j’ai hâte de pouvoir voyager à nouveau pour m’inspirer dans d’autres pays. Je suis toujours très intéressé par la nouveauté et désireux de me diversifier. C’est pourquoi je me suis tourné vers l’Afrique mais que je souhaiterais également refaire des projets en Europe pour explorer d’autres palettes végétales.

@atelierklp