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La renaissance d’un pan
du patrimoine tangérois

By juillet 4, 2021No Comments

Les inconditionnels de la cité du détroit se sont déjà interrogés au moins une fois sur l’avenir de la Plaza de Toros. Imposant édifice, où s’organisaient jadis des corridas et des spectacles, la place des Arènes de Tanger a été privée de ses spectateurs durant des décennies. Aujourd’hui, grâce à un ambitieux projet de réhabilitation, elle pourrait prochainement recouvrer de sa superbe et devenir un spot culturel incontournable.

Par : Mélanie Wilms – Photos : DR

 

«Œuvrer dans un projet patrimonial pour un architecte c’est une occasion unique de perpétuer l’histoire tout en apportant sa pierre à l’édifice. Cela demande une maîtrise du vocabulaire architectural ainsi que beaucoup de retenue afin de pouvoir s’inviter dans un lieu et le transcender. C’est un exercice particulier qui dépasse largement le seul aspect architectural car il s’agit aussi de préserver et de célébrer un imaginaire collectif.» Younes Diouri

Présentée comme une ultime référence à l’histoire des lieux, la toiture en toile est vouée à compléter l’œuvre par une couverture légère rappelant le drapé rouge de la muleta, la fameuse étoffe dont se sert le matador pour provoquer et diriger les charges du taureau.

Projet public d’envergure, la réhabilitation de Plaza de Toros a fait l’objet d’un concours transparent et anonyme requérant la composition d’équipes de trois architectes minimum. À l’issue de la délibération d’un jury, composé essentiellement d’architectes, le choix s’est porté sur le groupement composé par Younes Diouri, Jaouad Khattabi et Hicham Khattabi. Orchestré par l’Agence pour la Promotion et Développement du Nord (APDN), la Wilaya de Tanger, le conseil régional TTAH et le conseil communal, ce projet de réhabilitation de la Plaza de Toros comporte une profonde remise à niveau de l’édifice ainsi que des aménagements extérieurs directement accessibles aux usagers.

Une architecture authentique
Construite en 1949, l’arène de la Plaza de Toros, représentative du style hispano-mauresque, a été déclarée monument historique national en 2016. Profondément attachés à Tanger, à son patrimoine et à son passé cosmopolite, Younes Diouri, Jaouad Khattabi et Hicham Khattabi sont avant tout animés par l’envie de redonner ses lettres de noblesse à ce bâtiment chargé d’histoire. Pour ce faire, ils ont entrepris une démarche architecturale authentique et respectueuse de l’esprit des lieux. Leur projet repose ainsi sur un équilibre entre la revalorisation des éléments architectoniques existants et l’apport de quelques éléments contemporains induits par le nouveau programme. Ils visent à retrouver l’expression originelle du bâtiment en renouant notamment avec la brique naturelle rouge, typique de l’architecture Espagne des années cinquante, qui a été occultée avec le temps.

La réhabilitation, un challenge architectural?
Younes Diouri : «Chaque bâtiment patrimonial est unique et donc les enjeux le sont aussi. Évoluer dans un existant est beaucoup plus complexe que de démarrer sur une page blanche. À chaque bâtiment son défi et à chaque approche son lot de challenges. Une réhabilitation puriste requiert un travail de recherche pour coller au maximum à une réalité technique et constructive. Lorsqu’il s’agit de modifier la vocation d’un bâtiment, dans le cas des reconversions, cela nécessite un arbitrage entre l’existant et les éléments devant être intégré. Déterminer l’équilibre entre la mémoire du lieu et la nécessité programmatique requiert un véritable exercice d’équilibriste. Les bâtiments survivent à plusieurs générations et marquent le temps. C’est un legs pour les décennies et siècles à venir. Cela impose en soi beaucoup d’humilité.»

 

Un espace polyvalent
Laissé à l’abandon et fermé depuis plus de 20 ans pour des raisons de sécurité, le bâtiment va bénéficier d’une importante remise à niveau. À commencer par les gradins, aujourd’hui impraticables, qui seront conformés aux normes de sécurité actuelles et qui pourront accueillir 7000 spectateurs. L’intégration de ces gradins engage un vrai défi technique en vue de préserver la trame structurelle des lieux. Dans cette optique, les architectes seront accompagnés d’un laboratoire et d’un bureau d’études pour identifier les éléments de structure à refondre et à renforcer. Destiné à devenir un espace culturel polyvalent, le rez-de-chaussée sera doté d’un musée de la mémoire du lieu, d’ateliers d’artistes, de salles de danse, de salles de formations etc. Dédiée notamment à recevoir des concerts, des spectacles, des foires, l’arène sera couronnée d’une réinterprétation contemporaine du velum des amphithéâtres romains, c’est-à-dire une pièce de tissu légère destinée à protéger les spectateurs du soleil. À l’extérieur, le projet entend mettre en œuvre des aménagements directement accessibles aux visiteurs comme une agora de 120 places pour des représentations spontanées, des gradins de 500 places, une esplanade d’exposition et différents kiosques.

 

Un trio complémentaire
Le cabinet Khattabi a une grande expérience dans les équipements à grande capacité d’accueil avec notamment le stade de Tanger et ses 45 000 places, ainsi qu’en réhabilitation avec la cinémathèque de Tanger (Ancien cinéma Rif) et un centre culturel dans la région de Al Hoceima. L’agence Younes Diouri Architectes a quant à elle remporté plusieurs concours sur des sujets de réhabilitation comme l’usine de séchage de Khouribga, un patrimoine industriel construit en 1920 transformé en Musée/FabLab/Bureaux, ou encore une Usine de 15000 m2 à Casablanca dessiné par l’architecte Louis Riou en 1970, véritable chef d’œuvre brutaliste reconverti en Retail Park.