
Cette maison affirme une vision contemporaine fondée sur l’équilibre plutôt que sur la démonstration. Signé Zeynep Taşbiçen Interiors, ce projet privilégie la continuité des volumes : les espaces s’enchaînent avec fluidité, chacun affirmant son identité par le cadrage, les lignes et la circulation de la lumière.
Photos : İbrahim Özbunar + 645 Studio
Le séjour fonctionne comme un cœur stable. Les assises basses, largement dimensionnées, s’installent dans l’axe du mur sculptural, traité comme une surface active plus que comme un fond décoratif. Ce mur n’est pas là pour attirer l’attention de façon spectaculaire ; il sert de contrepoint aux lignes horizontales dominantes et absorbe visuellement la profondeur de la pièce. Sa présence fait sens à cet endroit précis, car elle équilibre la générosité du volume sans l’alourdir.


La transformation de l’intérieur s’est opérée sans remise en cause de la structure existante. Sols, murs et plafonds ont été conservés, servant de cadre à des interventions ciblées, essentiellement fonctionnelles. Les espaces de vie du niveau principal ont été organisés dans une continuité fluide, où les zones ( repas, détente, réception, télévision ) coexistent sans cloisonnement rigide. Les transitions s’opèrent par la couleur, le traitement des matières et le positionnement précis du mobilier. Cette logique se prolonge dans les interventions plus discrètes, comme le travail sur les circulations ou les séparations intégrées, qui permettent d’améliorer le confort d’usage sans altérer la lecture d’ensemble.

Les éléments architecturaux verticaux ( filtres, claustras, parois ajourées ) jouent un rôle essentiel dans la lecture de la maison. Ils structurent les vues, organisent les perspectives et instaurent des seuils visuels sans jamais fermer l’espace. Leur positionnement apparaît réfléchi : toujours là où le regard a besoin d’être ralenti ou cadré, jamais là où ils deviendraient un obstacle.

La salle à manger s’inscrit dans la continuité directe du séjour, sans chercher à marquer une rupture formelle. La table, au dessin affirmé, s’impose par sa masse et sa position, tandis que les chaises dialoguent avec elle par contraste de lignes et de textures. Les suspensions trouvent naturellement leur place au-dessus de cet ensemble, ni trop basses ni trop présentes, accompagnant la scène sans la dominer.

La palette chromatique renforce cette cohérence. Les tons neutres dominent et servent de base stable, tandis que les accents plus profonds interviennent de manière ciblée, souvent à travers le mobilier ou certaines œuvres. Ces choix chromatiques ne cherchent pas l’effet ; ils soutiennent la lecture des volumes et accompagnent la lumière naturelle, qui reste un élément central du projet.


Au cœur de cette démarche, la notion de composition prend une dimension globale. Le projet se pense comme un ensemble continu, où mobilier, textile, œuvre et végétal participe à un récit unique, conçu spécifiquement pour ses habitants. Cette approche exclut toute répétition formelle ou signature figée.

À l’étage, c’est un registre plus apaisé, dédié aux temps longs, au travail et au repos, affirmant une maison pensée pour évoluer avec ses occupants, entre intensité urbaine et retrait intérieur.





