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Architectes & DécorateursTendances

Sara Benabdellah
Réinventer l’héritage en révélant l’invisible

By décembre 18, 2025No Comments

Sensible aux fragilités de la célébration, l’artiste érige l’artisanat festif en alphabet symbolique, des étoffes, des motifs et ombres sculptées composent un langage de mémoire. Son œil façonné par le cinéma en souligne la dramaturgie, à la fois intime et monumentale. Des savoir-faire précieux tels que le brocart deviennent la matière d’œuvres magistrales : photographies à portée architecturale, sculptures habitées par le souffle du textile, installations résonnant du rythme du rituel.

@itssarab

 

Qu’est-ce qui vous a conduit à réinterpréter l’héritage et les tenues traditionnelles à travers une lecture contemporaine ?
J’ai grandi en observant des femmes enveloppées de brocart, de bijoux et d’attentes. La beauté portait autant de force que de poids. Repenser ces vêtements me permet d’honorer tout en interrogeant cet héritage. En jouant sur la répétition, la fragmentation ou l’échelle, je libère ces formes de la nostalgie pour leur donner une voix au présent. C’est une conversation entre mémoire et invention.

Pouvez-vous décrire votre processus créatif dans la transformation de savoir-faire comme la labsa lakbira ou la marhouna en récits visuels ?
Mon processus est long, obsessionnel, fondé sur la recherche et l’archive. Comprendre les significations, les noms, les gestes oubliés me permet de choisir ce qui reste et ce qui se transforme. La Lebssa Fassia m’habite depuis l’enfance : robe fascinante et lourde, corps monument. J’ai conservé certains codes, mais j’ai introduit un brocart ancien de Fès, destiné à une tente, aux reflets violets lunaires, hors des couleurs admises (rouge, vert, or, blanc). Ce décalage m’a ouvert un champ surréaliste, enrichi d’un motif lunaire lié à la féminité et aux cycles. Cette couleur violette m’a permis d’explorer les émotions enfouies derrière le vêtement : suffocation, silence, dualité entre vénération et fardeau.

Quels aspects du Maroc souhaitez-vous explorer et comment les imaginez-vous évoluer dans vos créations à venir ?
La série sur la Lebssa Fassia éclaire l’héritage féminin : règles, poids, performance. Elle raconte le travail derrière la beauté, la tension entre admiration et contrainte, la négociation silencieuse de l’identité. La robe devient espace d’étude du genre et de la société à travers l’expérience intime des femmes. Je poursuis ce projet dans toutes ses strates, ses contradictions et ses récits encore latents.