
Pour ce numéro festif, Déco Actuelle met en lumière deux signatures majeures de la photographie d’architecture au Maroc :
Alessio Mei et Omar Tajmouati. Deux regards, deux sensibilités, deux manières d’interpréter l’espace et la lumière.
Signatures visuelles d’une même scène marocaine
Alessio Mei
La composition comme principe
«Je visualise la scène avant même de la prendre. Je modèle la lumière.»
Dans le chaos, on peut toujours construire une harmonie.
C’est une forme de magie.
Photographe d’architecture autodidacte, Alessio Mei aborde ses prises de vue comme des compositions. Rigueur, précision et lumière contrôlée énoncent un style qui a façonné, depuis quinze ans, une grande partie des
maisons photographiées pour Déco Actuelle. Pour ce numéro festif, nous avons sélectionné quelques-unes de ses ambiances les plus chaleureuses, une infime part d’un travail
vaste et exigeant.

Qu’est-ce qui continue à t’inspirer dans les maisons marocaines que tu photographies ?
Je me dirige toujours vers deux extrêmes : la tradition la plus affirmée et les projets vraiment innovants. Je ne me retrouve jamais dans ce qui se situe entre les deux. J’aime l’architecture ancienne, et j’aime les gestes nouveaux qui modifient un paysage, une culture, un territoire. C’est une vraie rupture, comme le Guggenheim de Bilbao : une écriture contemporaine insérée dans un contexte ancien, devenue un symbole.
Qu’est-ce qui rend une photo réussie ?
L’harmonie. Même dans un chaos total, si l’harmonie existe, quelque chose se déclenche. C’est une magie, parfois née de l’expérience, parfois d’un choc immédiat.

Comment décrirais-tu ton style ?
Je viens de l’art et de la direction artistique. Je cherche la perfection : le détail, la précision presque maniaque. Même les gestes minuscules comptent. En postproduction, j’équilibre les couleurs comme un peintre. Je ne délègue jamais cette étape : elle complète un processus qui commence au moment où je vois la scène. J’imagine la lumière et le rendu avant même la prise de vue, puis je modèle l’espace avec les flashs.
Comment travailles-tu la lumière ?
J’aime la lumière naturelle, mais elle est instable. Je la recrée comme sur un plateau de cinéma : je fige un instant précis et je le rends constant, le temps de composer la scène et d’ajuster les équilibres.

Comment observes-tu l’évolution de l’architecture et de la décoration au Maroc ?
Les influences se mélangent : décorateurs marocains, français, étrangers. Chaque ville possède son langage : Casablanca, Fès, Rabat. Le design italien reste présent. Les artisans marocains ont beaucoup évolué : ils gardent leur maîtrise tout en adoptant les technologies actuelles. En dix ou quinze ans, leurs méthodes ont changé, mais la main demeure.
Que représente notre magazine pour toi aujourd’hui ?
Pour moi, Déco Actuelle offre une lecture juste du Maroc : des approches différentes, des styles variés, des projets qui ne se ressemblent pas. Cette diversité reflète la réalité du terrain.
Le magazine accompagne cette pluralité, et c’est ce que j’apprécie.

© Lucie Chopart
Omar Tajmouati
La lumière comme ligne de force
«Je cherche toujours l’équilibre entre ombre et lumière : c’est là que l’image devient vivante.»
Mon regard commence toujours par l’ambiance. Avant même la lumière.
Formé à l’art et au graphisme, Omar Tajmouati s’est forgé une signature lumineuse très personnelle. Une scénographie façonnée par la lumière artificielle, des contrastes maîtrisés et une atmosphère presque cinématographique. Souvent sollicité par les architectes marocains, il capture la densité des lieux avec précision. Pour ce numéro, nous avons retenu quelques ambiances qui s’alignent avec la saison, un aperçu seulement de son univers.

Comment es-tu entré dans la photographie d’architecture ?
Je viens du graphisme et de la photo de produit en studio. J’ai appris la photo en autodidacte, en travaillant surtout l’éclairage. Un jour, l’architecte Othmane Lazrak m’a proposé d’essayer la photo d’architecture.
Je n’en avais jamais fait, mais j’ai accepté. Les volumes, la lumière, l’espace : tout m’a immédiatement parlé.
Comment définirais-tu ton style ?
Un style dramatique, basé sur le contraste. Ombre et lumière révèlent les textures, creusent les volumes, créent une tension visuelle. Je cherche une composition forte, une ligne qui guide le regard. L’idée est de donner aux lieux une présence, de dépasser la simple image documentaire.

Quelle différence fais-tu entre une photo artistique et une photo magazine ?
La photo artistique offre une liberté totale. La photo magazine doit rester lisible : respecter l’espace, les lignes, l’intention du lieu. Une couverture doit être impactante sans trahir la réalité. C’est un équilibre particulier.
Comment observes-tu l’évolution de l’architecture ?
On sent une vraie montée en maîtrise. Les architectes innovent, mêlent tradition et techniques modernes. Les influences s’entrecroisent, marocaines, européennes, italiennes et chaque ville affirme une écriture différente. La scène évolue vite et cherche son identité visuelle.

Un projet qui t’a marqué cette année ?
Le restaurant ORA d’Ali Lahlou. Une lumière remarquable, un espace pensé pour être photographié sans perdre son authenticité. Une image, celle que nous avons appelée Masterpiece, reste pour moi la plus forte de l’année.
Tes images donnent souvent une impression de mouvement. Comment l’introduis-tu ?
Par la lumière, qui crée le rythme. J’utilise souvent un premier plan vivant, un élément discret qui donne de la profondeur. Même dans un décor fixe, on peut instaurer une dynamique, un glissement entre ombre et lumière. C’est ce qui anime l’image.
Comment perçois-tu Déco Actuelle ?
Un magazine en recherche permanente d’innovation, attentif aux nouvelles écritures et à ce que produit la scène marocaine aujourd’hui.






