Réinventer l’héritage sans le figer, concevoir des objets porteurs de sens, valoriser l’imperfection : la designer Patricia Urquiola interroge la fonction même du mobilier contemporain dans un monde en mutation.
«Je ne considère jamais l’héritage comme quelque chose de figé. Pour moi, il s’agit davantage d’un système de valeurs que d’une simple collection de formes. »
Patricia Urquiola

Pour Patricia Urquiola, l’héritage n’est pas un objet à conserver, mais une énergie à traduire. En revisitant des pièces emblématiques comme le fauteuil Soriana, elle cherche à préserver leur intelligence d’origine tout en adaptant matériaux et procédés aux enjeux contemporains.
Traduire l’esprit, pas les formes
Patricia Urquiola ne considère pas l’héritage comme un ensemble figé, mais comme un système de valeurs à comprendre et interpréter. Elle cherche dans chaque projet l’énergie originelle : pourquoi il était audacieux, ce qu’il proposait comme mode de vie. À travers le projet Soriana, conçu en 1969 par Afra et Tobia Scarpa, elle démontre comment repenser matériaux et structure pour en prolonger l’intelligence. La forme reste lisible, mais l’intérieur parle au présent.
L’objet, miroir de responsabilités
Pour Urquiola, la matière n’est jamais neutre : elle implique des choix environnementaux, sociaux et culturels. Créer un meuble aujourd’hui, c’est penser au-delà du confort immédiat. Il faut interroger les procédés, la durée de vie, l’impact. L’objet devient un vecteur de valeurs : accueillant, oui, mais aussi honnête et exigeant. Une nouvelle forme de générosité.

Le geste qui anticipe le temps
Ce qui guide son design, c’est le geste juste, celui qui prépare à la transformation. Elle imagine un confort fondé non sur l’accumulation, mais sur l’intelligence constructive. La douceur vient de la structure, conçue pour durer, évoluer, se démonter. Le design gagne ainsi en profondeur émotionnelle sans renoncer à la durabilité.
L’imperfection, une force intemporelle
Face aux tendances, Patricia Urquiola prône l’imperfection comme espace de liberté. Un intérieur durable est un lieu qui accepte le changement : lumière mouvante, matière vivante, surfaces qui se patinent. Ce sont ces marques du temps qui donnent âme et adaptabilité à l’espace, loin d’un idéal figé. L’imperfection y devient le signe d’une beauté vivante.




