Hind Magoul, «Je pense que l’architecture d’intérieur est une métaphore de la vie. On ne cesse jamais d’apprendre, de s’améliorer. C’est un chemin sans fin.»

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Architecte d’intérieur, originaire de la ville blanche, elle apprécie y vivre et y travailler tout en continuant à multiplier ses sources d’inspirations. Passionnée d’art et de voyages, elle imprègne à ses intérieurs une esthétique d’ici et d’ailleurs et une sobriété raffinée.

 

 

 

 

 

Pourquoi l’architecture d’intérieur? Comment résumez-vous votre parcours?  
L’architecture d’intérieur n’a pas été une évidence pour moi. Je m’étais en effet initialement dirigée vers des études de commerce. Après avoir obtenu mon baccalauréat au lycée Lyautey, à Casablanca, j’ai poursuivi à l’American Business School de Paris et ensuite à UCLA en Californie. C’est en arrivant aux Etats-Unis que j’ai décidé de changer de voie pour m’orienter vers le design. A mon retour au Maroc, j’ai souhaité compléter ma formation dans une école supérieure d’architecture d’intérieur afin de me familiariser au contexte réel de mon métier.

Quel a été le déclic?
J’ai eu une vraie révélation en ayant la chance de découvrir à Los Angles les superbes boutiques de Rodeo Drive, les restaurants sur La Cienega ou encore les hôtels comme Le Mondrian ou Le SLS de Starck.  Je ne savais plus où donner de la tête. J’ai été totalement séduite par cette approche de l’esthétisme fonctionnel
et je me voyais parfaitement en faire mon métier.

Que dire aujourd’hui de votre aventure à la tête de votre propre entreprise, «Hind Magoul Interiors»?
Créer son entreprise est un véritable challenge, d’autant plus lorsque l’on est une femme. Cela relève réellement d’un parcours de combattante. Ceci dit, entreprendre est dans ma nature : j’ai toujours aimé relever les défis. Sans ces montées d’adrénaline, je m’ennuierais. Après plusieurs années dans le salariat, voler de ses propres ailes est effrayant et excitant à la fois. Plus largement, en tant qu’architecte d’intérieur, il faut rapidement apprendre à être disponible et surtout efficace. Faire ce que l’on a vraiment envie de faire tout en optimisant son temps peut parfois s’avérer périlleux. On a beau avoir un métier créatif, on travaille pour des gens qui n’ont pas forcement beaucoup de temps devant eux et qui réclament, par la même, une certaine efficience.

Avez-vous été particulièrement marquée par l’un de vos projets ou l’une de vos collaborations?
En rentrant au Maroc après mes études, j’ai eu la chance de collaborer avec l’architecte Said Berrada sur plusieurs projets résidentiels. Avoir pu travailler avec un tel passionné sur des projets aussi prestigieux a été une chance inouïe et cela a été véritablement formateur. Quant à mon expérience dans le mobilier de luxe, elle a considérablement influencé mon choix de créer «Hind Magoul Interiors». Etre formée par des marques de renom comme Edra, Zanotta ou Giorgetti et avoir eu l’honneur de rencontrer à Milan des grands du design comme Paola Navone, Plaomba ou Jean Marie Massaud ont été, pour moi, le début d’un rêve devenu réalité.

Si vous n’aviez que trois mots pour définir votre travail quels seraient-ils?
Intemporalité, humilité et conviction.

Quels sont, pour vous, les fondamentaux d’un projet réussi?
Faire aboutir un projet n’est pas une simple question de goût et de connaissance du design. L’objectif premier est, selon moi, d’apporter des solutions créatives en cohérence avec l’identité de mon client. Faire des intérieurs pour les autres n’est plus d’actualité. Désormais, le client attend qu’on lui crée des espaces de vie qui lui appartiennent véritablement, qu’il peut s’approprier et dont il va pouvoir profiter pleinement. C’est pour cela que j’apporte une attention toute particulière à la recherche du confort car, selon moi, la dimension fonctionnelle est aussi importante que le rendu visuel. Aborder un projet passe immanquablement par le fait de pouvoir entrer dans l’intimité d’une personne, d’un couple ou d’une famille afin de cerner leur personnalité. Les aspects psychologiques et humains doivent être impérativement pris en considération.

Qu’est-ce qui motive l’avancement de vos projets au quotidien?
Il y a l’amour du beau, certes, et la possibilité d’aller au bout des choses. C’est un métier qui intègre le travail de l’espace, des volumes et de la lumière. Il s’agit de pouvoir allier la fonctionnalité au confort, la créativité à l’intemporalité; de créer l’alchimie qui fera surgir l’émotion.
Ce qui me fait avancer, c’est aussi le fait de pouvoir offrir des expériences différentes et pleines de surprises à mes clients, en ayant toujours à cœur d’innover tout en respectant la personnalité de chacun d’entre eux.

Selon vous, comment est-il possible de tendre vers un renouveau créatif au fil des projets? D’où tirez-vous vos inspirations?
La remise en question est au cœur de tout. Chaque nouveau projet est une véritable introspection. On pense aux erreurs à ne pas refaire, à ce qu’on aurait pu apporter en plus à chaque réalisation. Je pense que l’architecture d’intérieur est la métaphore de la vie. On ne cesse jamais d’apprendre, de s’améliorer. C’est un chemin sans fin.

Quels sont vos coups de cœur en termes de tendances, d’associations de couleurs, de matériaux?
Je n’aime pas particulièrement parler de tendance en architecture d’intérieur, je trouve que c’est un terme qui sied davantage à l’univers de la mode. Même si j’adorerais pouvoir changer de déco au rythme des saisons, à mon sens l’architecture d’intérieur se doit d’être beaucoup plus intemporelle. Concernant les matériaux, j’aime beaucoup le travail de la matière. J’apprécie par exemple travailler une pierre, dans un seul et même projet, sous différentes formes tout en restant sur une même couleur et ce, en changeant sa texture, son calepinage (dalles, chevrons) ou son aspect (poli, mat, brillant). La nature nous offre énormément de possibilités. La présence d’œuvres d’art représente aussi un élément essentiel dans mes réalisations, de même que l’usage de la couleur et de son langage tout à fait particulier. J’aime l’idée qu’une toile ou une sculpture puisse apporter une vibration particulière à une pièce. Enfin, selon moi, chaque intérieur devrait avoir une odeur spécifique, le côté olfactif étant très important car il contribue à la création d’une atmosphère singulière.

Avez-vous une sensibilité particulière avec l’artisanat traditionnel marocain? Comment l’architecture d’intérieur peut-elle contribuer à son renouveau?
Nous disposons d’un patrimoine culturel très riche et, pour moi, chaque projet demeure l’occasion de collaborer avec des artistes, des designers mais aussi des artisans. Qu’il s’agisse du travail du bois, de la poterie, de la tapisserie ou de la broderie, ces métiers permettent de donner de la vie à nos idées. Sans pour autant tomber dans le motif hyperbolique, comme on pourrait banalement l’imaginer, j’apprécie de composer subtilement avec le répertoire artisanal. Avec le plus de justesse possible, j’essaye de retranscrire le savoir-faire artisanal à la lumière de la modernité.

Quelles sont vos ambitions?
Je travaille actuellement sur ma propre collection de mobilier, d’accessoires et d’objets de décoration en y adjoignant quelques collaborations artistiques.
A terme, je voudrais voir le service de l’architecture d’intérieur et de la décoration s’enrichir d’une multitude d’activités autour du savoir vivre. Mon rêve, quant à lui, serait d’ouvrir un musée!

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