fbpx

A l’heure du confinement, c’est rivé sur les réseaux sociaux que nous avions découvert en vidéo «Gesture», le dernier projet de cc-tapis. Emmené, comme à l’accoutumée par le «triumvirat» aux commandes de la marque, à savoir Nelcya Chamszadeh, Fabrizio Cantoni et Daniele Lora, cette collection nous propose de découvrir l’interprétation du geste de cinq designers. Une belle occasion pour nous de revenir sur la marque, ses inspirations et ses ambitions.
Par : Mélanie Wilms

©Federica Simoni

Projet haut en couleur porté, depuis près de 10 ans, par Fabrizio Cantoni et Nelcya Chamszadeh, cc-tapis revient, plusieurs fois par ans, avec de nouvelles collections aussi singulières les unes que les autres. Fruit du hasard mais aussi de rencontres, l’aventure cc-tapis compte également, depuis plusieurs années, sur l’inventivité de son directeur artistique Daniele Lora. Au gré de ses humeurs et de ses inspirations, l’audacieux trio propose des compositions contemporaines qui ont toutes comme point commun de dépasser le cadre de l’objet purement décoratif.

«Gesture»
Avec ce projet collectif autour du geste, cc-tapis a capturé dans la laine, le lin et la soie le geste inimitable des artistes. Faisant appel aux graphismes novateurs de cinq designers à l’univers bien distinct, « Gesture » leur offrait l’occasion de méditer sur le processus créatif et sur le geste, comme racine de l’expression artistique. Nommés Patcha-Patricia Urgquiola, Stroke- Sabine Marcelis, Lines-Philippe Malouin, Mindscape- Mae Engelgeer et Cultivate-Yuri Himuro, les résultats de cette réflexion vont des dégradés délicats inspirés des coups de pinceau à l’assemblage imparfait de collages spontanés, en passant par le simple acte de découpe en tissu tissé.
Disponible chez HWM Maroc et Clay Concept Store

Sabine Marcelis

Patricia Urquiola

Mae Engelgeer

Philippe Malouin

Yuri Himuro

 

Entretien avec Fabrizio, co-fondateur de cc-tapis

Qu’est ce qui vous a amené à vous lancer dans l’aventure de la création de tapis?
Cc-tapis, c’est avant tout une histoire de coïncidences. Je n’étais pas destiné à suivre cette voie. En fait, lorsque j’ai rencontré mon épouse, j’étais dans l’hôtellerie de luxe. Après notre mariage, nous avions prévu de nous éloigner de ce secteur pour préserver notre vie de famille. Nous pensions alors nous établir à New-York. C’était sans compter sur l’intervention de mon beau-père qui nous a convaincu de tenter une expérience à ses côtés dans sa boutique de tapis située à Strasbourg. Originaire d’Iran, mon beau-père s’est spécialisé dans le tapis persan. Ma femme est née dans cet univers, moi par contre, je n’y connaissais absolument rien. J’ai donc appris énormément durant ces 2 ou 3 années de collaboration. J’ai vite été fasciné par les motifs, les techniques et le savoir-faire toutefois je trouvais que ces tapis manquaient d’une petite touche de fantaisie. J’imaginais ces motifs traditionnels en bleu, vert ou jaune. Lors d’un voyage à Los Angeles, ma femme et moi avons eu un déclic devant une vitrine où était exposé un tapis tibétain customisable. Peu après, nous avons décidé de nous lancer et de créer cc-tapis, initiales de Cantoni et de Chamszadeh.

Comment êtes-vous arrivé à Milan?
Milan, ce n’est pas arrivé en un jour. Nous avons lancé notre première collection en 2001 à Strasbourg. A l’époque, nous étions à la tête de deux boutiques, l’une de tapis et l’autre de design sous forme d’un concept store assez innovant pour l’époque. Nous avions rencontrés le succès avec nos premières collections de tapis mais nous étions conscients qu’il nous fallait quitter Strasbourg pour véritablement développer notre marque. Notre choix s’est rapidement tourné vers Milan ; nous adorons cette ville. Ce changement de cap coïncidait plus ou moins avec mes 40 ans. A ce moment là, j’avais vraiment envie d’en savoir plus sur le domaine dans lequel je souhaitais évoluer. Avec Nelcya nous avons donc décidé de déménager à Milan et de faire un master en design d’intérieur. C’est dans ce cadre que j’ai rencontré Daniele. L’année prochaine nous fêterons les 10 ans de cc- tapis. Nous sommes très fiers d’avoir tenu bon car cela n’a pas toujours été facile. Avec la crise, il a fallu faire preuve de beaucoup d’inventivité.

Comment répartissez-vous le travail au quotidien?
C’est assez facile, Nelcya est à l’administration, Daniele à la création et moi à la vente. Même si nos taches sont définies, nous ne manquons jamais l’occasion de travailler les trois ensemble sur les projets. Nous continuons à dessiner en interne mais nous collaborons aussi beaucoup avec des designers, des artistes, des architectes ou des stylistes. Nous sommes de vrais boulimiques créatifs et nous adorons les rencontres. Dans le cadre de nos collaborations, nous pouvons décider de sortir un projet tout de suite mais parfois nous préférons le garder, quitte à laisser passer plusieurs saisons, pour trouver le bon moment.

Justement, comment établissez-vous vos différentes collaborations?
Nous sollicitons certains designers mais, la plupart du temps, cela se fait naturellement au détour d’une rencontre ou d’une conversation. Nous pouvons aussi avoir un crush sur les réseaux et dans ce cas, Daniele n’hésite pas à contacter rapidement le créateur. Cela a notamment été le cas pour la jeune designer hollandaise, Mae Engelgeer. Pour nous, il est intéressant de conserver une certaine fraîcheur dans nos collaborations. Nous apprécions d’observer la façon dont une personne qui ne connait pas le monde du tapis va explorer le produit et proposer sa propre interprétation de la matière. D’ailleurs, cela a été aussi le cas pour Daniele qui est architecte de formation et qui n’avait pas d’idées préconçues sur le produit. Nous collaborons aussi très fidèlement avec des designers connus comme Patricia Urquiola, qui même après 6 ans, nous épate car elle a toujours quelque chose de nouveau à raconter.

Quels sont les fondamentaux de cc-tapis?
C’est difficile de se contenter de quelques mots mais je dirais qu’avant tout cc-tapis se définit par les couleurs, les matériaux, les projets et le respect. Cc-tapis a une multitude de signatures différentes mais ce qui rend chacune de nos créations vraiment uniques, c’est la manière dont nous interprétons la matière. Nous entamons à chaque fois une vraie réflexion autour des matériaux, des couleurs, des motifs et des finitions. Pour nous, il est essentiel que nos tapis aient une signification. Nous sommes aussi soucieux d’opter pour des teintures naturelles et de ne pas utiliser d’agents chimiques. Il s’agit pour nous d’un respect envers les matières et l’environnement, mais aussi vis-à-vis des gens avec lesquels nous travaillons. Noué main, notre produit est intrinsèquement durable toutefois nous nous employons à poursuivre nos efforts sur le terrain. Nous travaillons avec près de 400 noueuses au Népal. Afin de contribuer à l’accès à l’éducation de leurs enfants, nous avons créé en 2015 l’association cc-FOR EDUCATION. Il y a deux ans nous avions amené le designer Jean-Marie Massaud à Kathmandu qui a dessiné le tapis Parvata en édition limitée au profit de l’association, pour qu’il visite notre atelier et les écoles avec lesquelles nous travaillons. Cette année, nous avions décidé d’emmener au Népal Patricia Urquiola pour le même projet. La situation sanitaire en ayant décidé autrement, nous le ferons dès que possible.

Comment est né le projet «Gesture»? Quel est son fil conducteur?
En fait, cela faisait quelques années que nous réalisions des projets très forts en couleurs presque tapageurs; à la fin de la dernière Design Week milanaise, l’envie a été unanime de revenir à quelque chose d’un peu plus sage, presque romantique. Une nouvelle fois, le hasard a bien fait les choses puisque dans le cadre de « Gesture », les designers se sont investis dans ce sens. Sans avoir vraiment eu à les orienter, une véritable cohérence s’est créée. De manière générale, nous préférons donner libre cours à l’envie créative des designers avec lesquels nous collaborons. Pour le lancement de la collection, cela a été particulier puisque nous étions tous en confinement. Chaque designer a reçu des échantillons ou un tapis de sa création et nous avons demandé à chacun de se filmer avec leur téléphone, dans leur intérieur de façon à pouvoir créer une petite vidéo pour présenter ces nouveautés digitalement. Finalement, l’ensemble de ces petites séquences a contribué à créer un contenu très sympa.

Quelles sont vos projets, vos ambitions pour le futur?
Nous avons surtout pour objectif de poursuivre notre métier et de créer des tapis toujours aussi éloquents et de qualité. Cette qualité et le savoir-faire de cc-tapis, nous souhaitons continuer à les mettre à profit en collaborant avec d’autres éditeurs. C’est un vrai plaisir d’interpréter l’identité de marques, qui sont parfois sont de vraies institutions du design. Nous sommes également, en pleine réflexion quant à l’opportunité d’aborder le marché de l’hôtellerie et de la collectivité. Dans ce cadre, il serait essentiel de pouvoir proposer des tapis qui auraient toujours quelque chose à raconter tout en étant adaptés aux espaces professionnels ou commerciaux. Enfin, nous tentons d’améliorer constamment notre impact environnemental.