Mouna Fassi Fihri : «Décaler le style marocain est un moyen de le pérenniser»

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Après un master en Finances, Mouna a décidé d’assouvir sa passion pour la création. Installée à Tanger, elle dessine des meubles aux formes contemporaines avec une touche marocaine, créé des espaces et aménage des intérieurs dans une approche globale dans le cadre de Code b’Art Studio. Après avoir exposé à la Galerie H à Casablanca, elle présente ses créations à la galerie Sinaya 28 à Marrakech jusqu’à fin mars.

 

 

 

Comment êtes-vous passée de la finance au design ?
Apres un master en Finances à l’Université d’Aix en Provence, je me suis retrouvée devant un choix cornélien qui allait définir le reste de ma vie : suivre la voie toute tracée par les études que je venais de terminer, ou bien… me réaliser en relevant le défi de me consacrer à ma passion pour en faire un vrai métier. Je suis simplement et instinctivement revenue vers ce qui m’inspirait le plus. Je trouve formidable d’exercer un métier qui est une passion parce que l’on n’a pas l’impression de travailler. C’est avant tout un mode d’expression de soi, au-delà de la parole.

Dans quelle mesure votre ville natale, Fès, a influencé votre reconversion ?
Fès est à l’origine de toutes les émotions qui font naître la passion. Comme je l’ai souvent raconté, enfant je me perdais, au grès de mes promenades, dans les ruelles de la médina et je me laissais surprendre par tout ce que j’y trouvais, par les artisans et leur différentes spécialités et savoir faire. Cette fascination trouvait écho également dans notre maison de famille, qui regorgeait de trésors, d’étoffes et de broderies, et de toutes ces merveilles architecturales qui font les maisons traditionnelles fassies. Avec beaucoup d’intérêt pour l’art décoratif marocain, je me demandais pourquoi on ne retrouvait pas tout cela dans les intérieurs raffinés et modernes des maisons hors de la médina.

Aujourd’hui vous vivez a Tanger, que vous inspire cette ville en mouvement ?
Habiter Tanger a été un accomplissement car il est quasi impossible de se détourner de l’éclectisme et de la créativité qui y règnent. Différents lieux culturels, galeries, espaces d’expositions et boutiques accueillent artistes et designers. Tanger connait un essor dans tous les domaines et ne manque pas d’attirer l’attention de curieux, investisseurs, touristes, artistes .. qui viennent y faire leurs propres expériences.

Quelle est votre experience du design ?
J’ai commencé à exercer mon métier en faisant de la création d’espaces ou ce que l’on appelle le design global : maisons, restaurants, bureaux, magasins. Forte de cette expérience, après quelques années, l’envie de créer mes propres produits s’est fait ressentir : rêver, imaginer, créer, dessiner, mettre en forme l’idée, puis lui donner vie.

Comment décririez vous votre ligne de mobilier ?
J’ai réellement développé l’idée de remettre au goût du jour les tissus de style ancien et les broderies. Je pense que j’ai réussi dans la mesure ou cela a inspiré d’autres créateurs, que ces tissus sont revenus dans le paysage visuel, sur des meubles, accessoires maison et mode. Interpréter broderies, zelliges, mosaïques, en les réutilisant sur des meubles contemporains et modernes, les remet dans l’air du temps. Décaler le style marocain est un moyen de le faire revenir dans nos intérieurs, de le pérenniser. D’autre part, selon l’inspiration et les commandes, les créations peuvent avoir un style différent, comme le tabouret Colors, le fauteuil Stone d’inspiration Zen ou encore le Lady Nawel spécialement conçu pour une exposition de design écologique dans le cadre de la Cop 22.

En quoi est-il écologique ?
Ce fauteuil qui s’inspire d’un fauteuil iconique du cinéma des années 70 est en bambou, un matériau qui pousse facilement dans la nature sans aucun recours à des moyens de production sophistiqués et polluants. Il est facile à manier, léger et esthétique. Je l’ai orné de fils de laine fabriqués dans le Haut Atlas dans la plus pure tradition berbère par une population dont le savoir-faire a été relégué par l’industrialisation. Cet objet véhicule l’idée de créer et de fabriquer dans le respect de l’environnement, en limitant l’empreinte écologique et en utilisant au mieux les matières premières. De plus, il est personnalisable.

Comment travaillez-vous avec les artisans ?
Il y a d abord la conception de l’objet, son dessin, son tracé, sa définition exacte et ses mesures, puis sa représentation en 3D et éventuellement la conception d’une maquette. Ensuite l’objet est présenté et expliqué aux artisans. Durant tout le processus de fabrication et à chaque étape, je continue à expliquer et préciser, corriger le travail jusqu’à l’aboutissement.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?
L’inspiration vient de tout ce que je vois et trouve écho dans mon esprit. Ça peut être une forme dans la nature, une atmosphère dans laquelle on se trouve, une saveur… Découvrir le travail d’autres artistes, quelque soit leur discipline, et comprendre leur démarche créative, nourrit la mienne.

Vous avez exposé a la galerie H sur le thème «Ici et ailleurs», quel type de mobilier avez-vous créé pour l’occasion ?
Certains meubles comme le Lady Lalla ont été conçus pour l’occasion. Lady Lalla est un meuble d’appoint, de style anglais, qui a la particularité d’avoir un pied décalé puisqu‘il est de style traditionnel marocain, comme un voyage entre deux styles. Une ligne de tabourets, coffres et coffrets évoquant les malles de voyages. L’étagère vibration a également été conçue pour cette exposition, le fauteuil Stone, les chaises Oudinettes..

Quels sont vos projets?
Actuellement je cherche à développer des créations dans des matériaux différents : marbre, cuivre… et aussi de nouvelles galeries qui pourrait exposer mon travail.
Au niveau du design global, Code b’Art Studio, oeuvre à l ‘aménagement d’un plateau bureau pour une compagnie maritime d’origine grecque, en cours d’installation à Tanger.

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