Dina Bennani : «Le plaisir de ma profession réside surtout dans le fait de répondre aux contraintes des projets en les utilisant et en les détournant pour mieux les transcender.»

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Animée par l’envie d’entreprendre, Dina Bennani a décidé, il y a tout juste un an de créer sa propre marque, l’Atelier Dina Bennani Architecture & Interior Design. Bien décidée à apposer sa propre signature sur chacun de ses projets et de transfigurer une rénovation simple en produit artistique, elle associe ses capacités imaginatives et techniques à un sens profond de la rigueur.

 

 

Qu’est-ce qui vous a amené à l’architecture?
Depuis l’enfance je voulais être architecte ou designer. J’ai été influencée par ma ville d’origine, Tanger, dont l’histoire est marquée par la culture, l’art et l’ouverture vers l’Occident, de même que par le milieu où j’ai grandi qui, lui aussi, était fortement imprégné d’art. Toute petite, je m’intéressais déjà beaucoup au dessin, ce qui, je pense, m’a permis d’éveiller mon sens du détail et mon imagination. Pour mon cursus, je souhaitais orienter mon choix vers une discipline qui me donnerait la possibilité de déployer toute ma créativité. J’ai intégré l’école spéciale d’architecture de Paris. Au fil du temps, je suis véritablement tombée amoureuse du métier, notamment en raison de l’engagement social qu’il suppose et de son éthique.

Quelles sont les grandes étapes qui ont marqué votre carrière?
Je retiens particulièrement mes stages effectués dans des cabinets à Paris, où j’ai pu affiner mes compétences dans les conceptions de bâtiments à caractère contemporain. J’ai aussi eu la chance de travailler sur le projet du Grand Théâtre de Casablanca, conçu par Christian de Portzamparc et exécuté par le cabinet Rachid Andaloussi. J’ai pu y explorer, dans les moindres détails, les problématiques liées à la réalisation de bâtiments atypiques. Par la suite, j’ai travaillé sur des projets de villas de très haut standing, ce qui a renforcé mon positionnement et mon envie de poursuivre sur cette voie.

Le choix d’exercer au Maroc était-il une évidence?
J’ai jugé judicieux de faire valoir, dans des projets au Maroc, mon savoir-faire acquis à Paris et ce, au travers de projets réalisés durant mon cursus mais aussi des inspirations glanées lors de mes nombreux workshops. Si Paris est réputée pour ses devantures classiques et ses constructions Art Déco, elle abrite également de nombreux monuments contemporains particulièrement remarquables. Quant au Maroc, il représente, à mon sens, une plateforme où l’architecture est raffinée et très ornementale dont la diversité puise ses racines dans le patrimoine hispano-mauresque. La combinaison de ces influences procure un terrain de jeu où les possibilités sont illimitées. Qu’il s’agisse de villas de particuliers ou de projets commerciaux et hôteliers, l’intérêt d’exercer au Maroc réside, d’après moi, dans la possibilité de proposer aux clients des projets modernes où peuvent s’allier la contemporanéité et l’essence du patrimoine marocain.

Comment définissez-vous votre approche de l’architecture?
Selon moi, créer de l’espace, c’est opérer une transformation du réel. Les architectes endossent une vraie responsabilité : celle d’agir directement sur le quotidien. Cela implique, comme premier devoir, de se mettre véritablement à l’écoute des attentes de ses clients. Regarder, observer, et ressentir constituent les prémisses du projet architectural. Apprendre à analyser un lieu, un espace, en s’inspirant de l’ambiance et du mode de vie de ses usagers permet d’envisager son potentiel et les éventuelles améliorations que l’on peut y apporter. J’ai l’immense chance de travailler à toutes les échelles du métier : le bâtiment bien sûr, dans tous ses volets (gros œuvres, menuiseries, plafonds, revêtements, éclairages…), le design d’objet et le FF&E (Furniture, Fixtures and Equipment) dont la grande subtilité réside dans la capacité à faire aboutir une résultante harmonieuse et ergonomique des espaces que j’imagine dans mes esquisses. Partant de ce principe, j’ai jugé nécessaire de prêter mon observation au jeu de la créativité en faisant intervenir des matériaux nobles pour créer des espaces luxueux ; le luxe étant mon domaine de prédilection.

Et votre intérêt pour l’architecture d’intérieur, comment est-il survenu?
Diplômée, j’ai souhaité définir ma vision personnelle de la fonction d’architecte en créant des espaces marqués de ma propre signature. J’ai naturellement dirigé mes travaux vers l’architecture d’intérieur car, selon moi, elle mène l’architecture à son terme. Lorsque je modifie et organise les espaces, j’utilise la lumière comme objet artistique et de décoration. Je joue avec les couleurs et les matériaux pour créer des ambiances (zen, contemporaines, design, traditionnelles, industrielles, etc). J’alterne entre ombre et lumière, opacité et transparence afin de valoriser chacun d’eux et les rendre unique. Comme pour une œuvre d’art, cet ensemble de manipulations me permet d’imaginer des espaces confortables, ergonomiques et personnalisés en fonction des attentes de mes clients.

Quelles sont vos sources d’inspirations?
Mes principales sources d’inspiration proviennent de mes expériences personnelles, de mes voyages, des expositions artistiques que j’ai pu visiter et de l’esthétisme de manière générale. Je m’inspire encore plus particulièrement du patrimoine culturel, architectural et artisanal du Maroc et d’ailleurs. Tout cela peut donner lieu à une idée puis un concept qui prend forme dans mes croquis, mes plans, mes modélisations pour enfin prendre vie, en phase exécution. Ce qui rend cet exercice encore plus attrayant, c’est le fait que l’architecture peut se nourrir de géométrie, d’art, d’histoire, de musique ou encore de la nature qui nous entoure… Les angles d’approche sont potentiellement illimités!

Quelles sont les particularités de vos projets? Quelle place y prend l’artisanat marocain?
Quand je conçois un projet, je porte un intérêt tout particulier à l’alliance des matériaux, l’assemblage des volumes et le mélange des couleurs. Je travaille minutieusement chaque détail et dessine sur mesure la menuiserie, la tapisserie, le mobilier et tous les éléments décoratifs jusqu’aux ornements sur les plafonds, afin de créer un ensemble visuel harmonieux en jouant avec subtilité sur l’éclairage. A chaque fois, je tente de réaliser une vraie scénographie d’ensemble. Pour moi, chaque espace que je conçois doit raconter son histoire et se doter d’une âme!
L’artisanat marocain est sans doute le plus riche et le plus vivace de tout le Maghreb. Il fait appel à tous les matériaux accessibles et disponibles : l’argile, la laine, le bois, le cuir, les métaux… L’assemblage de ces matériaux variés et la diversité des formes et des couleurs me donnent véritablement la possibilité de faire appel au savoir-faire de l’artisanat marocain dans l’élaboration de différents projets.

Quels sont vos matériaux de prédilection?
Mon alliance fétiche est le mariage du laiton avec des matériaux nobles, à savoir le marbre, le bois (noyer, chêne, cèdre) et le cuir. Cette sensation visuelle apporte à l’espace un vrai cachet et crée directement une atmosphère chaleureuse. Il peut aussi bien être travaillé sur le mobilier, les cheminées ou encore les revêtements muraux. J’ai également un penchant certain pour le travail à la feuille d’or. Qu’elle soit appliquée sur les murs, les faux plafonds voire même le mobilier, elle s’impose dans les espaces et ne manque jamais de les sublimer.
Enfin, en façade, j’utilise beaucoup la pierre car j’aime les dispositions que je peux lui apporter afin de rappeler l’impact de la nature sur notre quotidien.

Si vous n’aviez aucune contrainte, quel serait votre rêve créatif ici ou ailleurs?
Ce serait une création inédite, un ouvrage qui défie toutes les lois de la nature et qui serait pensé jusqu’au plus petit détail. Finalement, en tant que concepteur d’espace, ce qui m’importe avant tout, c’est de collaborer avec les professionnels du métier pour aboutir à des projets à fort impact artistique et architectural.

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