Thomas Morel : «Mon rôle est de créer un coup de coeur»

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A l’occasion du salon Auto Expo, Thomas Morel, design manager extérieur en charge des citadines chez Ford, est venu présenter la nouvelle Fiesta dont il a imaginé l’extérieur. Architecte d’intérieur de formation, il a travaillé chez Mercedes et Mitsubishi avant de rejoindre le centre de R&D Europe de Ford, à Cologne, en 2010. Il nous dit tout sur la transformation toute en finesse de la Ford Fiesta après 41 années d’existence, huit générations et plus de 17 millions de modèles vendus à travers le monde, et sur l’importance du design.

 

 

Comment travaillez vous sur une nouvelle version?
Pour chaque véhicule, il y a une compétition interne pour le design. Pour l’extérieur, l’Australie, les Etats-Unis, l’Angleterre, la Californie et l’Europe étaient en lice. Ford a plusieurs studios de design pour recueillir les influences de tous les marchés et répondre au mieux aux attentes des gens. 25 designers ont proposé des dessins et le directeur du design a fait une première sélection. Ensuite on a fabriqué une maquette en 3D en clay (terre synthétique que l’on peut modeler à la main et sculpter). On a travaillé  avec des sculpteurs clay et on a exécuté notre dessin 2D en 3 D à petite échelle. Le directeur du design en a sélectionné trois. Là , on a fait une maquette à l’échelle 1 et les ingénieurs sont intervenus. On a fait évoluer notre design avec toutes les contraintes techniques. Puis on a participé à la présentation finale. Le directeur du design a sélectionne alors un modèle, mais il peut aussi choisir l’avant de l’un et l’arrière de l’autre. Dans mon cas, il a choisi le design complet. Ensuite, on fait évoluer le design avec les phases industrielles de plus en plus contraignantes. Il faut savoir que l’automobile est certainement le produit de grande consommation le plus normé. On ne peut pas faire ce qu’on veut, mais c’est très intéressant d’être en contact avec les ingénieurs.
Et combien de temps prend ce processus ?
Une voiture, c’est quatre ans entre le premier dessin et la mise sur le marché. La phase design seule, ce sont les deux premières années. Ensuite elle passe entre les mains des ingénieurs qui font en sorte qu’elle soit industrialisable.

 

Je suppose qu’il ne faut pas trop s’éloigner de la version précédente ? Comment ça se passe ?
Cela dépend du produit que l’on fait. Chez Ford, on commence par former un panel de clients (potentiels ou qui ont déjà une Fiesta) et on leur demande ce qu’ils aiment, ce qu’ils n’aiment pas, à quoi ils aspirent et on essaye de définir une personnalité générale pour voir à qui on s’adresse. A partir de là, on commence à réfléchir et à dessiner. On fait un «design brief» qui guide le designer en lui permettant de savoir pour qui il dessine. La génération d’avant, la 7e, avait tranché et le design avait cartonné. On s’est rendu compte que tout révolutionner n’avait pas de sens. A l’extérieur c’est une évolution douce avec l’idée de monter la voiture en gamme visuellement et de proposer au client une grande diversité de choix. En revanche, l’évolution est importante à l’intérieur.

Dans quel but vous-êtes-vous fait aider de psychologues pour concevoir l’interieur ?
On appelle ça le « Human centred design » où on fait interagir les gens sur les maquettes. On crée une expérience d’usage. Avant on habillait les nouvelles technologies. Aujourd’hui, on observe le consommateur et l’usage qu’il fait de son véhicule dans la journée. On met en avant les moments mémorables du consommateur. C’est un des premiers projets chez Ford où cette méthodologie a été mise en place. L’idée est de designer autour de l’expérience utilisateur. Dans la nouvelle Ford il y a par exemple 50% de boutons en moins sur la planche de bord pour une ergonomie simplifiée. Quand on s’assoit dans le véhicule, tout le cockpit est orienté vers le conducteur et il est fait d’un seul tenant avec de jolies finitions. On ne peut pas tout changer alors on s’est focalisé sur les endroits où l’on pouvait vraiment amener de la valeur ajoutée. Il y a un écran tactile 8 pouces flottant très proche du conducteur pour qu’il garde les yeux rivés à la route.

Pourquoi, votre patron, Amko Leenarts, directeur monde du design intérieur de Ford, appelle la console centrale «le Manhattan» ?
A New York, tout le monde veut être à Manatthan. La console c’est pareil, tout le monde veut s’y mettre, mais malgré tout il faut en simplifier l’usage.

La fonction est-elle plus importante que le style ?
Ca va de pair. Quand on achète une voiture, on tombe amoureux de l’extérieur, mais on se marie avec l’intérieur. Quand on rentre chez le concessionnaire, on doit avoir le coup de coeur sur l’extérieur, sinon on y entre pas. Et après, il faut que l’on se sente bien à l’intérieur et que l’usage soit aisé car on va tout le temps être dans le véhicule. Les approches sont un peu différentes mais mon rôle, en tant que designer extérieur, est de créer un coup de coeur. C’est le challenge. C’est plus un travail de sculpture. La fonction est peut-être plus importante à l’intérieur.

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