Mohamed Amine Siana, la jeune garde de l’architecture marocaine

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Emballés par la sculpturale Villa Z de Casablanca publiée sur le très populaire magazine Deezen (www.deezen.com), nous avons voulu en savoir plus sur son auteur, Mohamed Amine Siana. Ce jeune architecte de 37 ans est déjà l’architecte, seul ou avec ses camarades de promo Saad El Kabbaj et Driss Kettani de remarquables projets. Il nous dit tout sur son parcours, ses collaborations, sa conception du métier et ses projets.

 

 

 

© Saâd A. Tazi
Ecole Supérieure de Technologie de Laayoune
© Doublespace Photography
Ecole Supérieure de Technologie de Guelmim
© Fernando Guerra FG+SG
Ecole Supérieure de Technologie de Guelmim
© Fernando Guerra FG+SG
Intérieur Villa F
© Fernando Guerra FG+SG
Villa F
© Fernando Guerra FG+SG
Villa Z
© Doublespace Photography
Intérieur Villa Z
© Doublespace Photography

Quel a été votre parcours avant l’ouverture de votre agence en 2005 ?
J’ai obtenu mon diplôme en 2004 à l’Ecole Nationale d’Architecture de Rabat. Donc le temps de préparer les papiers et de créer mon agence…

Comment est née votre collaboration avec Saad El Kabbaj et Driss Kettani ?
Nous sommes amis depuis notre première année à l’école d’architecture.
Nous avons eu la chance d’avoir comme enseignant Rachid Benbrahim Andaloussi qui nous a invités tous les trois à effectuer un stage au sein de son cabinet.
Depuis nous avons eu l’occasion de faire d’autres stages et de travailler dans plusieurs grandes agences à Casablanca et Rabat.
Nous avons aussi eu l’occasion de côtoyer Ellie Azagury, spécialement Driss Kettani qui a même collaboré avec lui sur certains projets. Et de rencontrer st discuter avec Jean Francois Zevaco à plusieurs reprises.
Dès l’obtention de nos diplômes, nous avons décidé de tenter l’aventure ensemble en combinant une activité commune sur des projets importants, tout en maintenant nos agences personnelles respectives.

Quels projets avez-vous remporté ensemble ?
Notre premier concours a été celui de la Faculté Poly disciplinaire de Taroudant, en 2006, un an après l’ouverture de nos agences. On a eu la chance de tomber sur une équipe qui a su évaluer la valeur de notre travail et nous faire confiance, sachant que nous avions peu de références.
Achevé en 2010, c’est notre projet préféré.
Actuellement, nous travaillons en commun sur l’extension du Lycée Lyautey en partenariat avec l’agence française ANMA (Agence Nicolas Michelin et Associés) ; projet en phase d’étude.
Entre temps, nous avons gagné le deuxième prix du concours concernant la conception et la réalisation du grand stade de Casablanca. Celui-ci a connu la participation des plus grosses firmes mondiales dans le domaine. Nous étions associés aux agences portugaises RISCO et LDS en 2011.
Nous avons aussi réalisé l’Ecole Supérieure de Technologie de Guelmim livrée en 2011 et l’Ecole Supérieure de Technologie de Laayoune en 2014.

Ensemble, vous avez gagné
l’Archmarathon Awards 2015 dans la Catégorie Education pour l’Ecole supérieure de technologie de Guelmim.  Qu’est-ce qui a séduit le jury international composé de 9 architectes ?
L’argument avancé par le jury lors de la remise du prix était justement : lecture et compréhension du contexte ; et sa réinterprétation contemporaine.

Comment faites-vous
justement pour concilier les principes de l’architecture traditionnelle et la contemporanéité ?
En tant que Marocains nous le vivons tous au quotidien. Il y a toujours en nous cette part de traditionnel (limite génétique) qui nous habite et l’aspiration à une certaine contemporanéité à l’occidentale. Tant que nous ne trouvons pas un juste équilibre entre les deux, nous vivrons une forme de schizophrénie ; et c’est exactement ce qui se passe en architecture. Les signes et les symboles deviennent des pastiches insignifiants hors de leurs contextes temporels. Voilà pourquoi la meilleure manière de trouver cet équilibre est de comprendre l’essence, le pourquoi des choses, et la réinterpréter selon un besoin et des contraintes spatio-temporelles réelles. Développer un langage, des outils et les utiliser de la meilleure des manières possibles.

Le projet de la Villa Z a été publié par de nombreux webzines. Pouvez-vous nous présenter ses particularités ?
La villa Z est justement une expérimentation de ce que je viens de vous dire.
D’une part elle s’inspire de l’essence de Casablanca, de son côté laboratoire, avant-gardiste, de son ancrage ainsi que de son ouverture.
D’autre part, elle répond aux besoins du client : de longues discussions, une compréhension du mode de vie (des pratiques sociales et spatiales) et surtout la conciliation du  maximum de points possibles avec les aspirations morphologiques, car c’est cette complexité qui dessine les spécificités et le caractère unique de chaque projet. J’essaie de faire des projets «sur mesure».
Le client a eu aussi beaucoup de mérite à me suivre et a persister pour faire aboutir les choses dans leurs moindres détails.

Comment définissez-vous votre style ?
Je ne peux parler de style ni m’y cantonner. Avoir une recette (aussi réussie soit-elle) à reproduire, ou parler un seul langage (qu’il faudra tout de même maîtriser) reste pour moi une sorte de zone de confort. Ce n’est pas ce que je recherche, pour l’instant du moins, car je suis toujours en phase de découverte et d’apprentissage. Ma référence dans ce sens reste Jean François Zevaco. Il a exploré tellement de pistes et de langages, en insufflant tellement de force dans chaque projet, que «n’importe qui» reconnaît sa signature.

Quels sont vos matériaux de prédilection ?
Je suis plus pour une architecture de plans, de textures, de pleins et de vides, d’ombres et de lumières.
Mais j’ai tout de même une affection pour les matériaux naturels ou ayant du caractère :
pierre, bois, marbre, béton et dernièrement bronze.
C’est d’ailleurs ce qui a inspiré l’appellation de mon dernier projet : «Immeuble 3B» : béton brut, bois et bronze.

Quelle est votre approche de l’écologie ?
Nous y accordons énormément d’importance, d’autant plus que c’est devenu une stratégie nationale. Chacun d’entre nous a le devoir de travailler et de sensibiliser tous les intervenants afin de concevoir les habitats les plus écologiques possible.
Principalement (et c’est le plus important) les solutions passives:
– Concevoir de bonnes circulations d’air (nous utilisons souvent des réinterprétations de patios).
– S’imposer de respecter les orientations adéquates a chaque espace.
– Rationaliser au maximum les trames et les circuits (à ne pas négliger aussi).
Opter pour des solutions stratégiques:
– Matériaux locaux et proximité.
– Récupération des eaux pluviales…
Après il y a le choix de :
– Matériaux de construction ou d’isolation naturels ou recyclés.
– De solutions de climatisation ou de chauffage plus écologiques (pompes à chaleur, panneaux solaires..)
– De moyens pour la réduction de la consommation électrique (lampes LED …etc.)

Qui sont vos maîtres en architecture ?
Oscar Niemeyer, Jean Francois Zevaco (que j’ai eu l’occasion de rencontrer) et Alberto Campo Baeza (qui est un grand ami et surtout un grand homme).

Vous cantonnez-vous seulement à l’architecture, ou faites-vous aussi un peu de design ?
Le design fait partie de l’architecture, parfois faute de moyens financiers, le client ne peut se permettre d’acheter des meubles de grande qualité, donc nous nous trouvons dans l’obligation, pour le bien du projet, de designer certains meubles adaptés à l’esprit global et l’architecture du projet.
Ce qui est le cas, par exemple, pour la table de la cuisine en porte-à-faux de la villa Z et la majorité des meubles de la villa F. Mais je reste un architecte en premier lieu et ce design se fait dans le contexte de mes projets.

Quel regard portez-vous sur l’architecture au Maroc ?
L’architecture reste assez méconnue du grand public, mais, heureusement, depuis un certain temps les choses commencent à bouger. Notamment grâce, à quelques revues spécialisées ouvertes au grand public (comme la votre par exemple) qui sensibilise les gens sur l’importance de la qualité architecturale et qui valorise les architectes, particulièrement la nouvelle génération.
Le Maroc est un pays riche au patrimoine architectural inspirant de grands maîtres tels que Luis Barragan, Jorn Utzon et tant d’autres. Nous avons tendance à vouloir protéger ce patrimoine, ce qui est totalement légitime et important, mais nous oublions de nous responsabiliser par rapport à l’architecture qui est produite. Même si la pratique de cette profession au Maroc souffre d’un grand problème de structuration et d’organisation, et que l’architecte n’est pas estimé à sa juste valeur, nous nous devons à chaque fois que nous pouvons nous le permettre, de donner le meilleur de nous même, en nous disant que le projet ne se termine pas une fois que la construction est achevée, mais qu’il vit bien au-delà.

Quels sont vos projets ?
Pouvoir me permettre d’avoir une structure qui puisse participer et faire des projets à l’international.

Si vous n’aviez aucune limite, qu’aimeriez-vous construire ?
Une nouvelle version de la médina (en se libérant des règlements urbanistiques), un voyage vers le futur.
Mohamed Amine Siana, 5, rue Driss Lahrizi, Casablanca. Tél.:  05 22 22 38 83

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