Agathe In : «On s’oriente vers un art de vivre plus global»

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Agathe In, directrice de marque Puiforcat, était présente à Casablanca pour le lancement de l’orfèvre chez Nuances Maisons. Elle nous dit tout sur cette institution créée en 1820 à Paris et entrée dans le giron d’Hermès il y a vingt ans.
 

 

 

Pourquoi Hermès a-t-il racheté Pauiforcat en 1993 ?
Jean-Louis Dumas était un grand amoureux des savoir-faire. Il était évident pour lui qu’un savoir-faire comme celui de Puiforcat ou celui de Saint-Louis devait être préservé et développé dans une innovation contemporaine. Nous avons à l’atelier Puiforcat, le dernier planeur de France.

C’est quoi un planeur ?
C’est un artisan qui réalise le planage. Il part d’une plaque d’argent et frappe avec des marteaux de tailles différentes et de formes diverses pour dresser les fonds de plats. C’est un travail très délicat. Pour former un planeur, il faut une dizaine d’années.

Combien y-a-t-il d’artisans à l’atelier ?
Quinze qui font tout à la main. Et ces quinze artisans représentent l’ensemble des savoir-faire de l’orfèvrerie. C’est unique en France et c’est ce qui fait la singularité de la maison Puiforcat.

Quelle est votre stratégie ?
Continuer à travailler notre patrimoine qui est exceptionnel (en particulier Art déco) en rééditant « les visionnaires » de Jean Puiforcat et parallèlement créer les classiques de demain avec des designers talentueux. A chaque fois, il s’agit de trouver des designers qui s’imprègnent de l’esprit Puiforcat, qui puisent dans nos archives et qui apportent leur propre vision. C’est ce mélange des deux qui donnent des pièces comme les couverts Zermatt de Patrick Jouin. On s’oriente vers un art de vivre plus global, d’une part avec les rééditions des pièces décoratives de Jean Puiforcat ou Magnifica et parallèlement à cela, on élargit à de la préparation, d’autres expériences comme la timbale à champagne. On sort du couvert pour élargir au-delà de la table. On redécouvre le plaisir du produit brut. C’est une stratégie de marque pépite.
Comment définissez-vous le style Puiforcat ?
L’Art déco avec ses lignes droites est très présent chez nous. Jean Puiforcat a été un des fondateurs de ce mouvement. Nous représentons trois styles. Le style classique (XVII et XVIIIème siècle) avec ses soupières Pomme de Pin ou Tête de lion. Le style Empire est très présent dans les collections classiques. Notre symbole est la timbale Anne d’Autriche qui a été offerte à l’une de ses dames de compagnie pour la remercier de sa discrétion. L’Art déco est notre signature principale. Et puis, il y a les pièces contemporaines.

Quelles sont les pièces iconiques ?
La timbale à champagne développée avec Bruno Paillard, oenologue et créateur de champagne. Elle a été dessinée de façon à ce que l’expérience soit totale et que les cinq sens soient en éveil. Les couverts Cannes dessinés par Jean Puiforcat pour son mariage et dont les lignes sont inspirées par les colonnes de l’hôtel Martinez, les couverts Elysée utilisés à l’Elysée pour les dîners d’Etat en présence du président de la république et les couverts Normandie dessinés pour le transatlantique sont aussi des pièces iconiques de la maison Puiforcat.

Pourquoi avoir décidé de vous installer au Maroc ?
Il y a une longue tradition entre le royaume du Maroc et Puiforcat. Cela faisait longtemps que l’on se demandait comment offrir Puiforcat aux esthètes marocains qui ont un vrai respect des savoir-faire. Nous sommes persuadés qu’il y a une clientèle de connaisseurs qui saura se retrouver dans notre marque. Nous sommes présents dans peu de pays. On sent qu’ici, au Maroc, l’appréciation de Puiforcat fait que nous devions être présents. Il y a une tradition de réception dans ce pays qui est incroyable et très sophistiquée.
 

 

Puiforcat, l’orfèvre de l’art déco
En janvier, Puiforcat a présenté au Salon Maison & Objet Magnifica, sa première collection d’objets de décoration monumentaux, dessinée par Juan et Paloma Garrido, enfants du célèbre orfèvre de la cour madrilène Damian Garrido. La collection taillée dans de l’argent massif, du métal nickelé, poli miroir ou même sablé, se compose d’un spectaculaire centre de table, d’un candélabre monumental, d’une originale paire de bougeoirs asymétriques, d’un miroir psyché, d’un vase et d’un bout de canapé.
Ces objets ont été créées dans la pure tradition de la sculpture déjà pratiquée par Jean Puiforcat, membre de la quatrième génération des Puiforcat et qui écrivit les plus belles pages de la maison créée en 1820 à Paris par Emile et ses deux cousins. Sous l’impulsion de son père, Louis-Victor, la coutellerie avait évolué dès la fin du XIXème siècle vers la haute orfèvrerie. Jean fut en 1929 un des fondateurs de l’Union des artistes modernes avec René Herbst, Le Corbusier, Charlotte Perriand et Pierre Chareau. Passionné par la sculpture, il inventa un langage formel révolutionnaire qui prônait l’adéquation de la forme à la fonction. Caractérisé par des lignes épurées et architecturées, une simplicité signifiante et le mariage de l’argent massif à d’autres matériaux précieux comme les bois exotiques, les pierres dures et le galuchat, son style Art déco est fondateur de l’orfèvrerie contemporaine. Régulièrement réédité, son travail continue d’insuffler un esprit novateur dans les collections contemporaines de la maison.
Entrée dans le giron du groupe Hermès en 1993 et forte d’un savoir-faire d’exception, la maison Puiforcat s’emploie en effet à rééditer les plus belles pièces de son patrimoine et collabore avec des  designers contemporains. Dessiné par Patrick Jouin et lancé en 2010, le couvert en acier massif Zermatt a déjà intégré les collections permanentes du musée d’Art moderne du Centre Pompidou à Paris et celles du Museum of Arts and Design à New York. Au-delà de l’art de la table, Puiforcat entend poursuivre le déploiement de son expertise presque bicentenaire au service d’un « art de vivre orfèvre » complet, autour de l’art du goût et de la décoration. La Timbale à champagne, outil de dégustation unique créé en 1999, ou la ligne de couteaux de cuisine développée en 2011 avec Pierre Gagnaire illustrent cette démarche.
Dans l’atelier de Puiforcat, situé en région parisienne, une quinzaine d’artisans travaillent l’argent à l’ancienne, tout en utilisant des techniques de pointe comme le laser. Puiforcat produit près de 25 000 Couverts et transforme deux tonnes d’argent par an.

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