Jean-Michel Frank, le chercheur de silence

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JEAN-MICHEL FRANK, cabinet en marqueterie de paille à motif d’éventail, vers 1925. Adjugé  229,000 Euros, Collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé,  23-25 février 2009, Christie’s.©Christie’s Images Ltd, 2017

 

Après Les biographies d’Yves Saint Laurent et Marie-Laure de Noailles, la journaliste Laurence Benaïm consacre un livre à ce décorateur des années 20 à l’esthétique ascétique.  Avec son style qualifié de «luxe brut», il révolutionna l’art déco, puis tomba dans l’oubli. Aujourd’hui,  il inspire de nombreux architectes et ses oeuvres atteignent des sommes astronomiques aux ventes aux enchères.

Jean-Michel Frank fit du crédo de la chilienne Eugenia Errazuriz «l’élégance est l’élimination» son postulat en devenant précurseur du minimalisme. Puis en 1926, il décora l’hôtel particulier des Noailles en utilisant des matériaux nobles : salon tendu de parchemin, canapés recouverts de velours crème, cheminée en gypse, et fumoir tapissé de marqueterie de paille qui devint sa signature et fut qualifié par Yves Saint Laurent de  «huitième merveille du monde». Cet hôtel particulier, c’est son manifeste, le projet qui fit son succès. Des personnalités aussi diverses que Cole Porter, François Mauriac -qui l’appelle le « Dr Frank »-, Elsa Schiaparelli, ou Nelson Rockefeller font appel à son talent. Ses complices ont pour nom, Francis Poulenc, Christian Bérard, Alberto Giacometti. La vie de Frank est à l’image de ses créations : effacé, fantomatique, il cherche le silence comme il cherche la pureté: « il aimait l’invisible de la véritable élégance » écrira Jean Cocteau. Homosexuel dans une société où cela n’est admis que par certaines personnes, juif à une époque de montée du fascisme et de l’antisémitisme, Frank cherche un refuge dans la drogue. Paris occupé, il s’exile à Buenos Aires et se suicide en 1941 au cours d’un voyage à New York. C’est Yves Saint Laurent et Pierre Bergé qui le remette dans la lumière en achetant certaines de ses pièces aux Puces. Puis, dans les années 80, Andrée Putman rachète les droits de certains de ses meubles et les réédite. Aujourd’hui, il est le décorateur dont les créations se vendent le plus cher. En 2014, un cabinet de gypse de 1935 fut adjugé 3,7 millions d’euros chez Sotheby’s.
Jean-Michel Frank, le chercheur de silence de Laurence Benaïm, Editions Grasset

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