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Saïd Berrada, humilité et conviction

Volontairement discret dans la presse et les réseaux sociaux, Saïd Berrada préfère laisser ses projets témoigner de sa réflexion architecturale et de ses convictions. Rencontre avec un homme pour qui être architecte n’est pas un métier mais «une manière d’être et de vivre» ; pour qui chaque projet est un scénario unique, une histoire de justesse, d’équilibre et d’émotions.

 

Quelles sont les grandes tendances actuelles de l’immobilier résidentiel?

L’architecture n’est pas une affaire de tendance, comme on le dirait de la mode. Je préfère parler de mouvement, comme on le fait dans le monde de l’art ou de la littérature. Actuellement, l’architecture tend à être fondamentalement fonctionnelle.

Comment cela se traduit-il dans votre démarche?

Un projet luxueux se doit d’être un projet confortable, chaud, l’hiver; frais, l’été, par exemple. Le confort définit également le travail volumétrique et le choix des textures ou des matériaux qui ne sont plus uniquement déterminés par l’ostentatoire. Notre quotidien architectural s’attelle aussi à optimiser les circulations. Lorsque le ratio est de 10 à 15%, le résultat est bon. Au-delà de 15%, cela signifie que quelque chose ne fonctionne pas. Une autre évolution radicale est la disparition de la segmentation entre partie privée et publique. Cette dernière était largement valorisée alors qu’elle était peu exploitée. Chose que je réfute. L’appellation «réception» n’existe pas dans mon jargon professionnel, je parle d’espaces de vie dans lesquels on vit et on reçoit. Il n’y a plus de no man’s land conçu pour les invités qu’on ne reçoit peut-être jamais! L’espace est donc plus pratiqué et praticable au quotidien.  Cela rend chaque m2 très appréciable.

Quelles sont vos sources d’inspiration?

Mon architecture, aussi moderne soit-elle, puise son inspiration dans mon identité culturelle. J’ai 13 siècles de culture. Je me suis aussi fait homme en France, pays où je suis devenu architecte. Cette pluriculturalité me convient. Cependant, mon identité marocaine est bien celle qui m’inspire le plus, sans que l’on soit dans la caricature du motif ou de la calligraphie. L’architecture arabo-andalouse se définit par l’utilisation de quatre formes : le carré, le rectangle, le cube et le parallélépipède. Leur empilement et leur juxtaposition donnent une multitude de variantes, sur lesquelles interviennent les oppositions de pleins et de vides, d’ombres et de lumières. Le reste n’est qu’ornementation. Cette architecture est par essence très contemporaine, minimaliste et simple. Elle se définit aussi par une certaine pudeur architecturale, l’extérieur ne dévoilant rien de la magnificence intérieure. Cette pudeur me plait et je compose avec elle dans tous mes bâtiments.

Comment abordez-vous chaque nouveau projet?

Un projet est d’abord une mise à plat de tous les acquis, une remise en question nécessaire pour se lancer dans une nouvelle aventure. Cependant, pour s’inscrire dans cette démarche, il faut une qualité essentielle à l’architecte : l’humilité. Elle permet de se dire que nos travaux précédents ne sont pas forcément les réponses les plus parfaites et que le meilleur reste à venir! Cela sous-tend aussi une notion de temporalité, en porte à faux avec le fantasme de tous les architectes de s’inscrire dans l’intemporalité. Le bâtiment vivra sans doute plus longtemps que nous mais ce sont les autres, et le temps, qui décideront s’il s’agit d’une œuvre d’art ou non. Etre humble, c’est aussi se rappeler que l’on ne fera jamais mieux que la nature.

Parmi vos différents projets, l’immobilier résidentiel a-t-il une place particulière?

Concevoir un projet résidentiel permet de réaliser le premier rêve abouti d’un individu. La première chose à laquelle on aspire, n’est-elle pas d’avoir son propre espace de vie? Je me sens donc investi d’une mission : Comment réussir au mieux à interpréter les rêves des autres avec mon écriture, sans pour autant me l’approprier? Je reviens sur cette notion si essentielle qu’est l’humilité!

Comment rêvez-vous l’habitat du futur?

D’un point de vue conception, ce sera la maison qui s’inscrira parfaitement dans son environnement naturel, qui donnera l’impression qu’elle existe sans exister; celle où on aura le bon geste, le bon mouvement et les bonnes proportions. Quant à la réalisation, tout dépendra des alternatives que nous offriront les technologies et les matériaux futurs. J’espère qu’ils permettront des morphologies qui nous rapprocheront encore plus de la nature. J’aimerais aussi voir se développer ce que j’appelle l’architecture instinctive, une architecture dynamique et évolutive dans laquelle les espaces et les volumes sont modulaires et modulables en fonction des besoins et du moment de la journée. Enfin, j’espère voir émerger des projets immobiliers plus avant-gardistes qui ne tournent pas forcément autour de projets golfiques ou touristiques mais qui proposent de nouvelles manières de vivre en mettant la culture et la famille au centre du projet.